Allons cracker l'algorithme
Ce vendredi sort mon livre "Cracker l'algorithme - réenchanter les réseaux sociaux" aux Éditions de l'Aube. Retour sur la genèse de ce projet.
Mardi matin sur la Terre. Cracker l’algorithme, mon nouveau livre aux éditions de l’Aube, débarque en librairie ce vendredi. Vous pouvez dès à présent le commander.
En 1999, je commençais un petit projet en ligne, intitulé Adrénaline Prose Combat. Un forum de poésie en phpBB. J’avais 15 ans, le cerveau pas totalement d’équerre et une immense envie de découvrir le monde.
Ce forum me fit réaliser rapidement qu’on n’est plus si seuls sur Terre sur Internet, quand d’autres aventuriers des temps modernes soudainement vous trouvent. Des voisins, des copains du lycée, et puis rapidement le Pays Basque, le Cameroun, mais également l’Argentine : plein de petits humains commencèrent à échanger sur cette plateforme rudimentaire, souvent malmenée par des connexions instables. C’était ensuite des heures sur Messenger à s’ouvrir, à se ressentir.
2001 marquait le début du slogan “Un autre monde est possible”. Et je crois qu’il résonnait en ligne car il agrégeait tous nos désirs et nos contradictions. Si les générations actuelles reconnaissent le fameux Tudum de Netflix, je crois que la mienne vibre encore en se souvenant du wizz de MSN.
Cette petite histoire explique le point de départ de mon livre : la promesse originelle des réseaux sociaux nous a été volée. Celle d’une mise en relation, d’une forme d’utopie, d’une recherche commune. Et d’une certaine façon d’une quête de la beauté. Nous évoluons désormais en mode dégradé en ligne ; dégradés nos échanges où nous sautons à la gorge de l’autre quand une bribe de sa pensée ne nous plaît pas ; dégradés nos usages, où l’on ne sait parfois plus si on publie pour l’algo ou pour le plaisir; dégradées, aussi, nos identités, qui souvent se miniaturisent à l’extrême au-lieu de devenir des machines à liens et à lier nos histoires.
Il y a environ un an, lors d’un déjeuner avec Guénaëlle Gault, Directrice générale de l’ObSoCo, nous parlions de la nouvelle collection qu’elle allait lancer avec L’Aube - Emergences - qui explore les transformations à l’œuvre dans nos modes de vie contemporains, en se focalisant sur des tensions créatrices, des comportements nouveaux, une vitalité discrète. Un déjeuner qui marquait le début de l’aventure “Cracker l’algorithme - réenchanter les réseaux sociaux”.
Un travail nourri de rencontres et d’échanges avec des activistes, passés ou présents, autour d’une question simple et immense : comment reprendre la main sur les algorithmes et, ce faisant, sur nos vies et nos vivances.
Le dernier chapitre se veut une réponse joyeuse et optimiste à ce qui nous pousse dans des microsphères apathiques : la force de l’heuristique, la force de l’humain, qui, quand on le contraint à outrance, déploie des trésors d’imagination pour retrouver la liberté.
Je n’en dis pas plus - ça sort vendredi. J’ai mis le prologue du livre ci-dessous.
C’est probablement le texte le plus personnel, et le plus politique, que j’aie jamais écrit.
Allons cracker l’algorithme.
J’ai hâte de lire vos retours.
(et on reprend le format normal de cette lettre la semaine prochaine)
Prologue
Nous traversons une ère paradoxale. Nous n’avons jamais été autant connectés. Et pourtant, jamais aussi seuls. Les machines ont infiltré le lien social. En 2025, 94 % des Français sont connectés à Internet. Et parmi eux, les deux tiers fréquentent les réseaux sociaux tous les jours. Pourquoi y sommes-nous ? Pour rester en contact avec nos proches (54 %), pour passer le temps (47 %), pour nous informer (30 %).
Ce ne sont pas les marques ou les célébrités que nous regardons d’abord. Ce sont les autres. Ceux que l’on connaît. Ceux que l’on reconnaît. Ceux à qui nous avons envie de laisser un commentaire ou avec qui nous souhaitons glisser dans les DM (messages privés).
Pourtant en France, 9,5 millions de personnes vivent dans une solitude chronique.
Et les plus touchés ne sont pas les personnes âgées, mais les moins de 25 ans : 40 % d’entre eux se disent seuls, contre 7 % des plus de 65 ans. Les causes sont multiples : précarité, éclatement familial, désaffiliation. Mais une dimension mérite attention : celle du numérique. Nous vivons à l’ère du lien technologique absolu. Mais ce lien, saturé de signaux, d’alertes, de notifications et de recommandations, s’épuise. Il nous relie, mais nous disperse. Il nous expose, et nous fragilise. Il nous connecte, tout en nous cloisonnant. C’est là, dans ces flux numériques d’images, de commentaires, d’avatars et de vidéos virales, que se noue une grande partie de notre présence au monde. Quelque chose s’est rompu dans cette promesse de lien. Les réseaux sociaux ont changé de rôle. Ils ne sont plus les agoras numériques idéalisées à leur naissance. Ce sont désormais des systèmes fermés, non plus faits pour relier, mais pour contenir – des territoires vertigineux, optimisés pour capter l’attention, prescrire les goûts, fragmenter les identités.
La preuve ? Les plateformes pénalisent les publications contenant des liens vers des sources extérieures, bridant ainsi la curiosité, le rebond, le détour.
L’algorithme a pris le pouvoir sur la conversation.
Le contenu précède le lien. Le spectacle précède la relation.
Cette dérive a un nom : l’algofluence. Une influence sans visage, sans centre, qui dicte nos comportements sans que nous en ayons pleinement conscience, et qui nous pousse dans des paracommunautés envahissantes.
Mais tout n’est pas perdu. Nous sommes nombreux à vouloir cracker l’algorithme – mais pas au sens où l’entendent les business qui gravitent autour des réseaux
sociaux. Eux cherchent à domestiquer les plateformes pour en tirer profit, en maîtrisant à la perfection des leviers de performance : l’heure idéale pour poster, la bonne durée d’une vidéo pour maximiser l’engagement, etc.
Ce livre s’intéresse à un type de hack particulier : celui qui nous permettrait de restaurer un Internet habitable, sensible, relationnel.
Partout, une nouvelle génération d’usagers cherche à reprendre le contrôle. À retrouver la spontanéité, la lenteur, la qualité des interactions.
À recréer des sanctuaires de conversation, des quatrièmes espaces, des formes nouvelles de communauté où le lien humain redevient central.
Ce livre est une enquête. Un état des lieux, mais aussi un manifeste. Il raconte l’histoire d’une promesse trahie – celle d’un Internet social et ouvert – et explore les chemins qui s’ouvrent pour la reconquérir. Car face à l’hégémonie algorithmique, une autre voie émerge : celle de l’heuristique, de la découverte intuitive, du sens partagé. Ce n’est pas un retour en arrière. C’est un appel à faire société, autrement.
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